18 juillet 2005
Ryan Adams / Cold roses
Ryan Adams
Cold Roses
Ce nouvel album ne permettra surement pas à Ryan Adams de retrouver l'aura exceptionnelle dont il jouissait dans le cercle des songwriters qui comptent à la fin de l'aventure Whiskeytown et à la sortie de son premier album. Néanmoins, on aurait tort de faire la fine bouche devant le plat pourtant indigeste qu'il nous sert ici. Un double album là où un album simple aurait largement suffi. Bien sur, le petit prince de l'Americana ne renoue que trop rarement avec la magie d'"Heartbreaker" ou même celle de son excellent deuxième album. Mais nombre de chansons bénéficient enfin à nouveau d'une bonne tenue dans l'écriture sans jamais retrouver l'évidence perdue dans les brouets racoleurs de "Rock'n'roll" ou de "Love and hell". On a, à nouveau, plusieurs fois l'impression d'entendre l'héritier direct de Gram Parsons. Surtout, Adams impressionne par la qualité de ses vocaux, souvent remarquables. Surement les meilleurs qu'il ait jamais enregistrés. Encore un petit effort de concision et Ryan Adams devrait finir par renouer avec l'excellence.
10 juillet 2005
Van Morrison - A live experience
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Van Morrison
A live experience
En ce début
juillet, à la même affiche (Live at the Marquee à Cork), se produisaient
plusieurs artistes qui valaient bien un déplacement en Irlande. L’occasion m’a
donc été donnée de voir consécutivement Al Green, Nick Cave (avec une formation
des Bad Seeds en composition réduite) et pour clore le tout, Van Morrison
himself sur ses terres. Indépendamment des mérites respectifs de Nick Cave et
d’Al Green qui sont tous deux de remarquables performers et dont je recommande
vivement les prestations scéniques, je voudrais profiter de ces quelques lignes
pour revenir plus en détail sur le concert de Van Morrison.
L’irlandais
sort depuis plusieurs années (disons depuis « Hymns to the silence »)
des disques simplement moyens au regard des chefs d’œuvre passés. Néanmoins,
voir Van jouer quelques unes des chansons de ces albums permet de réévaluer à
la hausse leur qualité. On a eu droit à une sorte de best of de ses quarante
ans de carrière entrecoupés de morceaux du récent « Magic time ».
Ainsi, « Gipsy in my soul » en ouverture sonnait comme un classique
instantané, comme un parangon des meilleures ballades country blues dont le
bonhomme est l’un des maîtres incontesté. Le groupe qui l’accompagne depuis
quelques temps maintenant est excellent malgré la connotation un peu trop jazzy
à mon goût et même si ça manque parfois
aussi de « sauvagerie ». Bref, c’est pas le Blues explosion mais ça
swingue remarquablement et après tout ce professionnalisme n’est pas
désagréable du tout.
Mais
surtout, entendre les classiques du répertoire de Van repris en chœur par des
milliers d’irlandais permet de mesurer à quel point son songwriting est l’un
des plus riches qui soit, tous genres confondus. Qui d’autre
pour aligner des classiques aussi intemporels que - au hasard - « Gloria »,
« Brown Eyed girl », "Wonderful remark", « Moondance », « Have I told you
lately », « Jackie Wilson said », « Wild night »,
« Cleaning windows », « Bright side of the road »… Tous joués ce soir là avec une
maestria qui force bien plus que le simple respect. Je ne mentionnerai même pas
ceux qu’il n’a pas joués mais qui se tenaient là en réserve, remplaçants de
luxe qui n’ont rien à envier aux titulaires (« And it stoned me »,
« Carrying a torch », « TB sheets », etc…).
On lit
souvent que Van pourrait bouleverser en chantant l’annuaire téléphonique. Mais
sa voix, la plus noire des voix blanches, est réellement une expérience unique,
qui charrie les sentiments les plus profonds (la mélancolie bien sur, mais
aussi et en vrac l’espoir, la transcendance, la dévotion et bien sur l’amour).
Pourtant l’homme est toujours aussi acariâtre et bougon - pas un rappel, pas un
mot au public (il laisse à son guitariste le soin de faire les présentations et de
meubler les blancs). Il supporte visiblement assez mal de devoir jouer ses
vieilles chansons et il le fait sentir. Mais ici plus qu’ailleurs, Van peut
tout se permettre. Comme cette réplique à un journaliste qui lui faisait
remarquer que GW Bush était l’un des ses fans et qu’il écoutait régulièrement
« Brown Eyed Girl » sur son Ipod. « Bien sur que ça me fait
plaisir, mais je préférerai qu’il écoute mes nouvelles chansons ».
18 juin 2005
Sunhouse / Crazy on the week end
Le genre de disque OVNI comme on en voit passer un ou deux par décennie. Sunhouse est le groupe du songwriter Gavin Clark. Originaire des midlands, Clark est un loser, un vrai. Jusqu'à qu’un pote cinéaste vienne le débaucher pour composer la musique d’un film amateur, il vivait avec femme et enfant dans une caravane, répétant péniblement avec quelques potes entre allocations chômage et prise régulière d’acides en tous genres. Seulement, depuis ses glauques terres du milieu, Clark rêve d’Amérique. Et plus précisément, de folk américain, de Dylan, de Neil Young et de Van Morrison early seventies. A la tête d’un trio qui comprend aussi un guitariste citant comme références Blind Willie Johnson ou Bukka White, il va donc laisser libre cours à ses fantasmes. Ce « Crazy on the week end » paru en 1998 est un coup de maître. Essentiellement acoustique, d’une sobriété remarquable (aussi bien dans les mélodies que dans la production), ce disque est un mélange de folk-rock (la musique) et de soul (la voix) que traversent parfois quelques éclairs électriques (« Animal »). Orgue Hammond, Harmonica, Slide guitar sont distillés avec une parcimonie et une économie qui sont la marque des plus grands et qui évoqueront donc le meilleur des références citées ci-dessus. Malheureusement, ce coup de maître sera aussi le chant du cygne du groupe. Clark supportera mal le début de reconnaissance critique qui suivra la parution du disque. Beaucoup d’alcool et d’excès en tous genres auront raison de son mariage dans un premier temps, puis du groupe dans un second. Aujourd’hui, il se serait racheté une conduite et travaillerait sur une prolongation de l’aventure Sunhouse. On croise les doigts…
10 juin 2005
Randy Newman / Land of dreams
« Land of Dreams » est bien plus que « le » disque de Randy Newman produit par Mark Knopfler. En 1988, ce dernier est incontournable. Il vient de produire le « miracle » de Willy de Ville (qui n’en est pas un, encore que…), il a bossé pour Aztec Camera, Dylan ou Tina Turner. La production du guitariste de Dire Straits, à une ou deux exceptions près (le gros riff qui tache d’ « It’s money that matters » ), s’efface ici derrière la singularité du talent de Randy Newman, l’un des meilleurs songwriters américains.
L’album démarre par trois des titres les plus personnels jamais composés par Newman, où il évoque son enfance dans le sud, ses problèmes d’intégration à l’école (« Four Eyes »). Inhabituel chez quelqu’un qui s’était plutôt fait une spécialité de décrire les petits travers de ses contemporains . Ces trois chansons sont parmi les meilleures de l’album et suffisent presque à elles seules à faire de « Land of dreams » un bon disque de Randy Newman. Le ton général est plutôt enjoué et les chansons d’amour (« Falling in Love », « Something special » ) sont plutôt guillerettes. On trouvera quand même un plagiat rap peu convaincant (« Masterman and Baby J »), une ou deux chansons moyennes (« Red Bandana ») mais aussi un authentique chef d’œuvre. La chanson s’appelle “Bad news from home”. Randy y raconte la nuit où il l’a surpris dans le lit d’un autre. La mélodie est poignante (pas sur qu’il ait fait mieux depuis) et on a jamais dit en si peu de mots toute la brutalité de la trahison amoureuse. Il y a juste le piano, magnifique, la voix étranglée et la production minimale de Knopfler, qui, pour cela, mérite à jamais toute notre considération.
07 mai 2005
Bruce Springsteen / Devils & Dust

Bruce Springsteen
Devils & Dust
D'abord
il y a la voix. Reconnaissable entre mille. Qui vient se poser sur une
simple guitare acoustique puis sur quelques arrangements discrets. "
Got God on our side, we're just trying to survive, but if what you do to survive, kills the things you love".
Toujours les mêmes lyrics qui déchirent jusqu'à l'obsession le rêve
américain. Et puis vient l'harmonica. Et quand il souffle dans le biniou,
je sais pas pour vous, mais moi, depuis "Nebraska", ça me fait toujours
quelque chose... Ainsi débute "Devils & Dust", le nouvel album du
Boss. Son retour aux affaires depuis la défaite électorale de Kerry
qui est un peu la sienne vu qu'il y a mis pas mal du sien pour soutenir
le gars contre Bush. Je sais pas si c'est pour ça mais je trouve que la
tonalité générale du disque est un peu désenchantée. Plutôt acoustique
et peinarde mais pas comme dans "Nebraska" où le boss trouvait encore
des raisons d'y croire ("Reason to believe") et de se rebeller malgré
la merde ambiante et récit de toutes ces vies qui dérapent. Ici, c'est
plutôt un regard apaisé mais désabusé sur les laissés pour compte de
l'Amérique de Bush. Pas de rebellion, juste le constat et ce qui reste
au bout du compte, c'est les bons moment qu'on aura pu prendre et qu'on
gardera avec soi jusqu'au bout. Comme dans cette chanson, "Reno", où un
vieux vacher se remémore le bon temps qu'il se donnait avec une
prostituée. On a perdu l'urgence mais c'est bien aussi ce regard qu'il
porte sur les gens et les histoires qu'il raconte. Ce qu'on perd peut
être c'est l'immédiateté. Pas de grande chanson ici qui frappe
directement au plexus et qui laisse le souffle coupé. Pas de "Johnny
99" ou de "Downbound train". Mais des chansons qui gagnent un peu de
force à chaque écoute et qui distillent lentement leurs charmes
insidieux. Des ballades qui arpentent les mêmes terres que celles du
grand Townes Van Zandt ("Silver Palomino"), des gospels paysans ("Jesus
was a only son") et cette capacité unique à trousser l'histoire d'une
vie en quelques mots ("The hitter"). Pas le meilleur disque du boss
donc, mais un bon disque du boss quand même. Et ça, ça n'a pas vraiment
de prix.
04 mai 2005
Romain Humeau / L'Eternité de l'instant

Romain Humeau
L'éternité de l'instant
La
bonne surprise française de ce début d'année est l'oeuvre du chanteur
d'Eiffel, Romain Humeau, qui tente ici une périlleuse aventure solo.
Les afficinionados ne seront pas décontenancés par l'impeccable tenu
des rocks enervés que l'on a déjà entendu chez Noir Désir ou chez les
Pixies par exemple ("Prends ma main") et que l'on retrouve ici,
balancés avec l'urgence qui sied au genre. Mais l'éclectisme affichés
par la superbe ballade "toi" ou le plus anecdotique "je m'en irai
toujours" et son phrasé presque rap dénote une volonté de défricher des
nouveaux espaces qui force bien souvent le respect au délà de quelques
maladresses textuelles. Mais c'est bien dans son style de prédilection
que Romain Humeau se montre finalement le plus convaincant. Dans cette
capacité à habiter ces chansons et de les porter avec fougue et
conviction ("Sans faire exprès", "leurs échines").
03 mai 2005
Jean Louis Murat / Mockba

Jean Louis Murat
Mockba
On
a, depuis quelque temps, un peu de peine à suivre la production
effrenée de Murat. Les disques se suivent à un rythme frénétique et il
parfois difficile d'en extraire la substanfique moëlle avant que le
suivant ne vienne se poser sur nos platines. Mockba risque pourtant de
s'incruster pour un petit bout de temps. C'est de loin son meilleur
disque depuis Mustango et l'un de ses meilleurs disques tout court. On
repère d'emblée quatre ou cinq chansons de très haute tenue où le chant débordant de sensualité de l'auvergnat se détache avec élégance des suaves arrangements de ses accolytes (les habituels Fred Jimenez et Stéphane Reynaud, le tindersticks Dickon Hinchliffe pour les cordes et les voix des filles ! Carla Bruni,
Camille). Dès lors, que trois de ses textes soient empruntés au poète
du 19ème, Pierre-Jean
de Béranger, apparaît presque anecdotique tant les propres textes de
Murat arrivent à instaurer une unité de ton du meilleur goût. Surtout,
Murat renoue ici avec ces mélodies lumineuses et sensuelles qui restent
depuis l'imparable "Si
je devais manquer de toi" en 89 l'une des principales raisons de suivre
avec attention sa dense production. A cet égard, le très classieux "la
fille du capitaine" qui ouvre l'album mais aussi "Arrête d'y penser" et
surtout le délicat "foulard rouge" se posent comme les parangons d'un
style inimitable et sans équivalents dans l'hexagone.
16 avril 2005
Joe Cocker / Mad dogs & Englishmen

Joe Cocker
Mad dogs & Englishmen
Séquence Oldies but goodies... L'un des meilleurs live de tous les temps est l'oeuvre de Joe Cocker. Et oui, le même qui nous sert de la soupe assez indigeste depuis plus de vingt ans. Faut dire que "Mad dogs & englishmen" date de 1970 (35 ans !) et reste l'indéboulonnable sommet de la carrière assez erratique du bon vieux Joe (j'accuse aussi une faiblesse coupable pour son "Sheffield steel" de 1982 qui doit être son dernier bon disque). Pour faire vite, nous dirons que ce disque ne comporte que des reprises (Stones, Dylan, Beatles, Cohen, Box tops, etc...), fut enregistré au Fillmore East avec l'aide d'une bonne trentaine de musiciens ( le who's who des session men américains) sous la houlette du rusé Leon Russell qui mène l'affaire et récupérera une bonne partie des royalties. Reste que Russell, en meneur de revue, réussit l'improbable pari de faire sonner tout ce monde avec un feeling qui sert d'écrin royal à la "voix" de Joe Cocker. Du reste, Cocker n'a jamais rien composé mais il s'approprie ces classiques au plus près de l'os comme plus jamais il ne le fera. La réédition de 99 restitue au mieux la luxuriance habitée de l'ensemble. C'est un régal d'entendre les cuivres qui pétaradent, les deux (trois ?) batteries, les choeurs qui poussent au cul , les interventions bluesy du piano et les exhortations de Russel qui dirige le tout de main de maître. Le temps n'a pas fait son oeuvre. "Mad dogs & Englishmen" reste un classique absolu et la reprise du chef d'oeuvre d' Alex Chilton, "The Letter", n'est pas loin d'égaler l'original ! Ca situe la performance de Joe Coker et de ses chiens fous.
11 avril 2005
The Saints / Big hits on the underground

The Saints
Big hits on the Underground
L'histoire,
c'est bien connu, ne repasse jamais les plats. Si la vie était bien
faite, Chris Bailey aurait récolté les fruits de son génie et les
foules n'auraient pas manqué d'aduler celui qui réussissait si
parfaitement l'alliance des mélodies divines et des guitares marquées
au fer rouge. Manque de chance, la carrière des Saints n'a jamais
décollé et Chris, plus qu'aucun autre, aura passé plusieurs décennies à
bouffer les pissenlits par la racine. On l'a même cru perdu à jamais
pour la musique quand il s'est parfois noyé dans la boisson. Mais 2005
sera une grande année, une année faste. On nous annonce un très bon
nouvel album des Saints et on espère que l'époque lui rendra enfin
justice en lui permettant d'assurer ses vieux jours. En attendant, il
n'est jamais trop tard pour bien faire et se procurer cette excellente
compilation qui couvre toutes les époques. Du rock high energy des
débuts (un peu trop vite assimilé au punk naissant de la fin des années
70) jusqu'aux derniers albums plus dispensables des nineties. Mais les
pépites se nichent assurément dans les enregistrements New Rose. Sans
rien renier de l'énergie des débuts, Bailey touche au sublime en
convoquant cuivres et cordes au service de ces rocks taillés dans les
meilleures mélodies. "Photograph'' arrache toujours les larmes et
Bailey est régulièrement bouleversant quand il hurle sa détresse sans
jamais verser dans le pathos. Les disques suivants chez Polydor sont
tout aussi recommandables et contiennent leur lot de classiques
instantanés que l'on retrouve ici, beaux comme au premier jour ("Just
like fire would", "temple of the lord", "Grain of sand"). A ce niveau
là et avec cette constance là, je ne vois guère que les Stones ou
Creedence pour rivaliser. La seule différence et au risque de me
répéter, c'est que les Saints, eux, n'auront jamais rien récolté.
Qu'importe, ce qu'ils ont semé fait d'eux, l'égal des plus grands.
19 mars 2005
Sharon Jones & The Dap Kings / Naturally

Sharon Jones & The Dap Kings
Naturally
Le disque incontournable de ce début d'année. Un album de Rythm'n' blues à l'ancienne qui sonne instantanément comme un classique. Tout y est ! La voix de la chanteurse d'abord, proprement incroyable ! Et puis le son ! Ah ce son, moite, funky, sans graisse... Un miracle qui permet de retrouver intact l'esprit des meilleurs disques black des sixties et des seventies dans un sorte de melting pot des meilleures productions Tamla et Atlantic. Mais le plus surprenant dans toute cette affaire, c'est qu'à aucun moment, ce disque ne sonne rétro. A l' approche de la quarantaine, Sharon Jones n'est plus une débutante. Elle a oeuvré aux côtés des Four Tops, des Drifters ou de Maceo Parker. Mais sa collaboration avec le multi instrumentiste Bosco Mann, reponsable de ce miracle sonore et compositeur des nombreuses perles qui jalonnent l'album, la propulse enfin en haut de l'affiche . Quand on pense à toutes ces poufs qui squattent les charts sous l'appelation éhontée de R&B, on se dit que la dame mérite la reconnaissance du plus grand nombre. Et il semblerait que l'affaire swingue aussi bien sur scène. A constater de visu dans vos villes car elle est actuellement en tournée en France. Absolument indispensable !


