22 octobre 2005
Ryan Adams / Jacksonville City Nights

Ryans Adams
Jacksonville City Nights
Il faut
sauver le soldat Ryan... Il faut le soutenir envers et contre tout... Contre
les maisons de disques qui, bientôt, vont le lâcher, incapables de suivre son
rythme effréné (ce nouveau disque sort 4 mois après le précédent, qui était,
rappelons le, un double album). Contre ses thuriféraires habituels qui déjà ne
voient en lui qu'un poseur, un habile faiseur. Contre lui même. Combien de temps
tiendra t'il à ce rythme là ?
Ce type chante
comme un dieu, écrit des chansons magnifiques (sûrement plusieurs par jour), il
est, à lui seul, le plus crédible héritier de Gram Parsons, le pendant jeune et
fougueux du Steve Earle (période "Train a comin") et il a
indéniablement l’étoffe d’un rassembleur, à la manière du Loner ou du Boss par
exemple. On peut donc faire la fine bouche... Mais, sur ma platine, c'est ses
disques qui tournent en boucle. C'est ses chansons qui mettent du baume sur les
plaies du quotidien. Ce nouveau disque suit donc de peu le déjà très bon Cold
Roses… Et il est encore meilleur… Plus resserré, plus près de l’os. C’est de la
country. Mais la meilleure, celle des rebelles, des punks et des rockers qui, quand
ils posent les armes et s’assoient pour en pousser une petite, dévoilent les
plaies et les bosses et laissent entrevoir les grandeurs de leur âme. Bien sur,
j’exagère un peu… Tout n’est pas parfait dans ce disque sobrement produit par
Ian Caple (Deus, Bashung etc…). A cette cadence là, on n’évite pas les
remplissages ou les choses plus dispensables. Mais pour quelques ballades à
tomber (« the end »), ces délicieuses lampées de pedal steel, ces
subtiles harmonies des voix féminines et masculines (on n’a pas entendu mieux
depuis Gram Parsons et Emmylou Harris) et ce chant de prince blanc, il faut
sauver le soldat Ryan.
07 octobre 2005
Fleetwood Mac / Peter Green's Fleetwood Mac

Fleetwood Mac
Peter Green's Fleetwood Mac
Premier album de Fleetwood Mac (usine à tubes « middle of the road » des seventies), « Peter Green’s Fleetwood Mac » est un authentique disque de blues. L’un des tous meilleurs qu’on puisse entendre enregistré par des musiciens blancs. Peter Green, l’un des trois guitaristes fondateurs du groupe, est un prodige, sûrement bien meilleur que Clapton qu’il remplacera un temps au sein des Bluesbreakers de John Mayall même s’il n’atteindra jamais la notoriété de son rival. Très vite, sa carrière va souffrir de l’abus de drogues (il est semble t’il assez friand des acides) et Green va sombrer dans la paranoïa et dans un mysticisme religieux des plus douteux allant jusqu’à porter robes et crucifix lors de ses dernières apparitions scéniques avec le groupe. En fait, il ne se remettra jamais vraiment et depuis trois décennies, ses rares apparitions ne rassurent pas vraiment sur sa santé mentale. Restent donc les disques enregistrés avec Fleetwood Mac avant son départ et le virage country pop du groupe (« Rumours » est l’un des grands succès de l’industrie du disque). Ce disque notamment, enregistré en 1968, qui est un modèle de sobriété et de bon goût. Chaque chanson, composition ou reprise, est portée par le respect que Green voue à ses pairs blacks : Elmore James (influence omniprésente ici), Howlin Wolf (« No place to Go »), Freddie King ou bien encore John Lee Hooker (« The world keep on turning »). Pas de superflu donc, juste l’essentiel. On appréciera la force sensible de son chant mais aussi et surtout la fluidité de son jeu de guitare qui fait des merveilles sur le superbe « I loved another woman ». Un disque indispensable pour tout amateur de blues.