19 juillet 2005
Los Super 7 / Heard it on the X
per
Los Super 7
Heard it on the X
Rappelons que los super seven sont un projet parallèle de quelques
membres de Los Lobos agrémentés de musiciens extérieurs. Leur premier
album était un sympathique recueil de chansons traditionnelles
mexicaines mais qui peinait à convaincre les vrais amateurs de rock. Ce
nouvel album est bâti autour d'un concept différent. Il s'agit d'un
hommage aux radios pirates frontalières des années 30 et 40. Situées du
côté mexicain, elles arrosaient de musique live,avec une puissance
illégale,les deux côtés de la frontière. On imagine donc qu'elles ont
bercé la jeunesse de quelques uns des musiciens ici présents. C'est en
fait nos amis de Calexico (Joey Burns, John Convertino) qui forment la
colonne vertébrale du projet pour plusieurs morceaux avec des invités
de luxe (Joe Ely, Rodney Crowell, John Hiatt, Delbert Mc Clinton) qui
reprennent Doug Sham, Willie Dixon, Buddy Holly ou ZZ TOP. La tendance
est donc franchement au blues rock. Le hic avec ce genre de projet,
c'est souvent le manque d'unité et d'homogénéité. Ce n'est pas le cas
ici, car le disque s'apprécie vraiment comme on peut apprécier ceux de
Los Lobos ou de Calexico, combinaison réussie de rock et de folklore.
Bien sûr, au petit jeu des contributions des uns et des autres, on ne
pourra s'empêcher de faire des comparaisons. Ainsi, j'ai un faible pour
la performance du vétéran Clarence Gatemouth Brown qui, en compagnie du
sous estimé Charlie Sexton, tire la quintessence d'une reprise de Blind
Lemon Jefferson. Mais les performances de Joe Ely ou de Delbert Mc
Clinton méritent mieux qu'une oreille distraite. Il est seulement
dommage que l'ensemble soit un peu court, 37 minutes au compteur...
18 juillet 2005
Ryan Adams / Cold roses
Ryan Adams
Cold Roses
Ce nouvel album ne permettra surement pas à Ryan Adams de retrouver l'aura exceptionnelle dont il jouissait dans le cercle des songwriters qui comptent à la fin de l'aventure Whiskeytown et à la sortie de son premier album. Néanmoins, on aurait tort de faire la fine bouche devant le plat pourtant indigeste qu'il nous sert ici. Un double album là où un album simple aurait largement suffi. Bien sur, le petit prince de l'Americana ne renoue que trop rarement avec la magie d'"Heartbreaker" ou même celle de son excellent deuxième album. Mais nombre de chansons bénéficient enfin à nouveau d'une bonne tenue dans l'écriture sans jamais retrouver l'évidence perdue dans les brouets racoleurs de "Rock'n'roll" ou de "Love and hell". On a, à nouveau, plusieurs fois l'impression d'entendre l'héritier direct de Gram Parsons. Surtout, Adams impressionne par la qualité de ses vocaux, souvent remarquables. Surement les meilleurs qu'il ait jamais enregistrés. Encore un petit effort de concision et Ryan Adams devrait finir par renouer avec l'excellence.
10 juillet 2005
Van Morrison - A live experience
![]()
Van Morrison
A live experience
En ce début
juillet, à la même affiche (Live at the Marquee à Cork), se produisaient
plusieurs artistes qui valaient bien un déplacement en Irlande. L’occasion m’a
donc été donnée de voir consécutivement Al Green, Nick Cave (avec une formation
des Bad Seeds en composition réduite) et pour clore le tout, Van Morrison
himself sur ses terres. Indépendamment des mérites respectifs de Nick Cave et
d’Al Green qui sont tous deux de remarquables performers et dont je recommande
vivement les prestations scéniques, je voudrais profiter de ces quelques lignes
pour revenir plus en détail sur le concert de Van Morrison.
L’irlandais
sort depuis plusieurs années (disons depuis « Hymns to the silence »)
des disques simplement moyens au regard des chefs d’œuvre passés. Néanmoins,
voir Van jouer quelques unes des chansons de ces albums permet de réévaluer à
la hausse leur qualité. On a eu droit à une sorte de best of de ses quarante
ans de carrière entrecoupés de morceaux du récent « Magic time ».
Ainsi, « Gipsy in my soul » en ouverture sonnait comme un classique
instantané, comme un parangon des meilleures ballades country blues dont le
bonhomme est l’un des maîtres incontesté. Le groupe qui l’accompagne depuis
quelques temps maintenant est excellent malgré la connotation un peu trop jazzy
à mon goût et même si ça manque parfois
aussi de « sauvagerie ». Bref, c’est pas le Blues explosion mais ça
swingue remarquablement et après tout ce professionnalisme n’est pas
désagréable du tout.
Mais
surtout, entendre les classiques du répertoire de Van repris en chœur par des
milliers d’irlandais permet de mesurer à quel point son songwriting est l’un
des plus riches qui soit, tous genres confondus. Qui d’autre
pour aligner des classiques aussi intemporels que - au hasard - « Gloria »,
« Brown Eyed girl », "Wonderful remark", « Moondance », « Have I told you
lately », « Jackie Wilson said », « Wild night »,
« Cleaning windows », « Bright side of the road »… Tous joués ce soir là avec une
maestria qui force bien plus que le simple respect. Je ne mentionnerai même pas
ceux qu’il n’a pas joués mais qui se tenaient là en réserve, remplaçants de
luxe qui n’ont rien à envier aux titulaires (« And it stoned me »,
« Carrying a torch », « TB sheets », etc…).
On lit
souvent que Van pourrait bouleverser en chantant l’annuaire téléphonique. Mais
sa voix, la plus noire des voix blanches, est réellement une expérience unique,
qui charrie les sentiments les plus profonds (la mélancolie bien sur, mais
aussi et en vrac l’espoir, la transcendance, la dévotion et bien sur l’amour).
Pourtant l’homme est toujours aussi acariâtre et bougon - pas un rappel, pas un
mot au public (il laisse à son guitariste le soin de faire les présentations et de
meubler les blancs). Il supporte visiblement assez mal de devoir jouer ses
vieilles chansons et il le fait sentir. Mais ici plus qu’ailleurs, Van peut
tout se permettre. Comme cette réplique à un journaliste qui lui faisait
remarquer que GW Bush était l’un des ses fans et qu’il écoutait régulièrement
« Brown Eyed Girl » sur son Ipod. « Bien sur que ça me fait
plaisir, mais je préférerai qu’il écoute mes nouvelles chansons ».
