18 juin 2005
Sunhouse / Crazy on the week end
Le genre de disque OVNI comme on en voit passer un ou deux par décennie. Sunhouse est le groupe du songwriter Gavin Clark. Originaire des midlands, Clark est un loser, un vrai. Jusqu'à qu’un pote cinéaste vienne le débaucher pour composer la musique d’un film amateur, il vivait avec femme et enfant dans une caravane, répétant péniblement avec quelques potes entre allocations chômage et prise régulière d’acides en tous genres. Seulement, depuis ses glauques terres du milieu, Clark rêve d’Amérique. Et plus précisément, de folk américain, de Dylan, de Neil Young et de Van Morrison early seventies. A la tête d’un trio qui comprend aussi un guitariste citant comme références Blind Willie Johnson ou Bukka White, il va donc laisser libre cours à ses fantasmes. Ce « Crazy on the week end » paru en 1998 est un coup de maître. Essentiellement acoustique, d’une sobriété remarquable (aussi bien dans les mélodies que dans la production), ce disque est un mélange de folk-rock (la musique) et de soul (la voix) que traversent parfois quelques éclairs électriques (« Animal »). Orgue Hammond, Harmonica, Slide guitar sont distillés avec une parcimonie et une économie qui sont la marque des plus grands et qui évoqueront donc le meilleur des références citées ci-dessus. Malheureusement, ce coup de maître sera aussi le chant du cygne du groupe. Clark supportera mal le début de reconnaissance critique qui suivra la parution du disque. Beaucoup d’alcool et d’excès en tous genres auront raison de son mariage dans un premier temps, puis du groupe dans un second. Aujourd’hui, il se serait racheté une conduite et travaillerait sur une prolongation de l’aventure Sunhouse. On croise les doigts…
10 juin 2005
Randy Newman / Land of dreams
« Land of Dreams » est bien plus que « le » disque de Randy Newman produit par Mark Knopfler. En 1988, ce dernier est incontournable. Il vient de produire le « miracle » de Willy de Ville (qui n’en est pas un, encore que…), il a bossé pour Aztec Camera, Dylan ou Tina Turner. La production du guitariste de Dire Straits, à une ou deux exceptions près (le gros riff qui tache d’ « It’s money that matters » ), s’efface ici derrière la singularité du talent de Randy Newman, l’un des meilleurs songwriters américains.
L’album démarre par trois des titres les plus personnels jamais composés par Newman, où il évoque son enfance dans le sud, ses problèmes d’intégration à l’école (« Four Eyes »). Inhabituel chez quelqu’un qui s’était plutôt fait une spécialité de décrire les petits travers de ses contemporains . Ces trois chansons sont parmi les meilleures de l’album et suffisent presque à elles seules à faire de « Land of dreams » un bon disque de Randy Newman. Le ton général est plutôt enjoué et les chansons d’amour (« Falling in Love », « Something special » ) sont plutôt guillerettes. On trouvera quand même un plagiat rap peu convaincant (« Masterman and Baby J »), une ou deux chansons moyennes (« Red Bandana ») mais aussi un authentique chef d’œuvre. La chanson s’appelle “Bad news from home”. Randy y raconte la nuit où il l’a surpris dans le lit d’un autre. La mélodie est poignante (pas sur qu’il ait fait mieux depuis) et on a jamais dit en si peu de mots toute la brutalité de la trahison amoureuse. Il y a juste le piano, magnifique, la voix étranglée et la production minimale de Knopfler, qui, pour cela, mérite à jamais toute notre considération.

